Les déjantérotiques

Une collection de 12 textes illustrés par 12 femmes artistes

Vient de paraître

Les obsessions de Léon, vues par Chantal Quéhen

Les coïncidences

Texte et voix: Pierre Crevoisier
Musique et réalisation: Alain Tissot
Sérigraphie: Véronique Mooser

(...)  À quoi songeait le dernier des fusillés de Kronstadt lorsque les balles traversèrent son corps ? À la peau d'une femme, exactement comme le jeune Julien, puceau encore, en-voyé par sa mère à Paris, parce qu'elle l'avait surpris en train d'astiquer son haricot, les pan-talons sur les chevilles, un filet de bave sur le menton, l'œil collé à la fente discrète pratiqué dans la paroi séparant un réduit à balais de la salle de bains de ses sœurs. C'était la première fois, il l'avait juré, craché, mais sa mère n'était pas dupe. Les traces de sperme séché découvertes dans le fond de l'armoire, les éclaboussures nombreuses, les taches éclatées sur la paroi, révélaient que l'endroit avait servi à plusieurs générations de mâles de la maison. On aurait pu en prélever les couches géologiques. Madame d'Amville préféra l'action concrète du nettoyage discret, le trou re-bouché à coup de glu, le réduit désinfecté à la chaux vive, la poussière sous le tapis des apparences, le silence, les regards en coin et le choix d'envoyer son fils poursuivre ses humanités dans la capitale. (...)

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En préparation

Le ventre de la baleine

Texte et voix: Pierre Crevoisier
Musique et réalisation: Alain Tissot
Sérigraphie: Anaïs Voirol

Houuuuu, la baleine… 

Elle ne réagit pas. Des morves comme celle-là, elle en a déjà entendu tant qu'elle s'est fabriquée une carapace, des murs entre les oreilles et le cerveau. Et si, par mégarde parfois, le poison parvient à franchir l'obstacle, elle transforme les mots en images. Une baleine, c'est un animal d'une beauté extraordinaire, d'une élégance rare, le cachalot surtout, ou le rorqual bleu, la plus grande, c'est énorme et c'est beau ! Quand tu la vois extraire son corps immense de la surface d'un océan, ce geste est un ballet à lui tout seul, un hymne, et ça touche au divin.

La rumeur la ramène au présent. La baleine élégante s'efface de son esprit. Devant, les tronches et les cris des gamins lui font face. Ils s'étaient passé le mot. On l'attend à la sortie de l'école.

Le teigneux garde la distance lorsqu'il crache. Il se prénomme Martin, un rouquin, les cheveux coupés ras, le nez déjà vieux à force de recevoir la visite de ses doigts crasseux. La meute provoque  ce culot. Tout seul, il n'oserait pas. Derrière lui, les rires, les encouragements des autres, les vas-y, fous-lui sur la gueule à cette pouf, lui donnent, non pas du courage, trop noble en la circonstance, mais ce côté bravache. Il joue au fanfaron, à l'invincible. (...)

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(sortie juin 2021)

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(sortie juin 2021)

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Déjà paru

Les obsessions de Léon, vues par Chantal Quéhen

Les obsessions de Léon

Texte et voix: Pierre Crevoisier
Musique et réalisation: Alain Tissot
Sérigraphie: Chantal Quéhen

(...)  La femme du notaire en avait témoigné la première. Malgré ses 20 ans, Léon s'y entendait. Il avait suffit de ce récit, partagé un jour entre femmes, à l'heure où les hommes s'embrumaient au bistrot, pour enflammer les imaginations. De toutes les dames du pays, pas une n'avait une parcelle d'épiderme, une épaule nue, une fesse délicate, un sein blanc, une surface plus intime encore, qui n'attendait d'être tatouée par la jolie plume de Léon.

Les fantasmes couraient, défiaient les pensées les plus sauvages. Ils naissaient dans les les lits familiaux, juste avant l'insomnie, une minuscule graine de rêve, à côté du ronflement gras des hommes. Puis la graine poussait, s'installait dans la nuit, occupait tout l'espace de la chambre, prolongeait l'absence de sommeil jusqu'à l'aube. La plante grimpante revenait la nuit suivante. Et la suivante encore (...)

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Les obsessions de Léon, vues par Chantal Quéhen

Le trou de la voisine

Texte et voix: Pierre Crevoisier
Musique et réalisation: Alain Tissot
Sérigraphie: Nada Stauber

(...) Le cri revient à nouveau. Cela l'a réveille complètement. Un cri suivi d'un ordre, un chhhhhhut impératif, un la nouvelle voisine va t'entendre, que va-t-elle penser de nous, de toi, enfin de nous… et la saccade reprend, un bruit de locomotive essouflée, un soupir rauque.

Elle se lève en direction de la paroi, celle dont provient la rumeur ahanante et elle se colle à même le papier peint, l'oreille attentive, plaquée contre le bois pour en ressentir les vibrations. Dans l'angle de la pièce, à l'encoignure du couloir, à hauteur d'oeil, peut-être légèrement en-dessous, un renfoncement est perceptible, un léger creux, comme un vide derrière le papier. Elle gratte un peu, perce la surface et un filet d'air minuscule en sort. Elle aventure un oeil dans la fente. (...)

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Les obsessions de Léon, vues par Chantal Quéhen

Le caresseur de mots

Texte et voix: Pierre Crevoisier
Musique et réalisation: Alain Tissot
Sérigraphie: Lea Lund

 

(...) Elle voulait un homme qui la caresse. Pas n'importe comment. Avec des mots, avec des mots seulement. Elle l'avait écrit dans le journal, à la page des petites annonces, si petites parfois que les miettes grasses d'un croissant pouvaient les recouvrir entièrement. "Cherche caresseur de mots".
Malgré le prix exorbitant des millimètres de la gazette, elle avait doublé la surface de sa réclame, exigé une élégante typographie pour le titre, un Simoncini Garamond numéro 14, de manière à accrocher l'oeil du chaland. Elle avait ajouté une phrase pour signifier qu'elle - elle parce qu'on devinait une femme - qu'elle aimait les plumes légères, la poésie de Paul Valéry et les glaces au citron. Suivait un boîte postale et la mention "lettre motivée seulement". (...)

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Les obsessions de Léon, vues par Chantal Quéhen

L'arbre

Texte et voix: Pierre Crevoisier
Musique et réalisation: Alain Tissot
Sérigraphie: Adrienne Barman

 

(...) Sa robe tomba sur les premières notes de Norma. Elle le déshabilla lentement, un vêtement après l'autre, découvrant ses frissons à mesure qu'elle glissait ses doigts dans ses recoins, chaque centimètre de peau arpenté, une terre sensible découverte comme si c'était la première fois, une Amérique à chaque caresse, un continent inconnu où elle déposait des baisers explorateurs, s'emparant de ses mains à lui, les déposants sur des seins d'une joliesse de miniatures antiques, se tournant ensuite pour se lover entière contre lui, épouser ses formes, sentir le ventre frôler son dos, son cul, ses cuisses, les mains entraînées dans ses profondeurs. Jusqu'au plaisir qu'il éprouva lorsque la bouche de Violetta, ses dents, pénètrent ses chairs. (...)

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La disparition

Texte et voix: Pierre Crevoisier
Musique et réalisation: Alain Tissot
Sérigraphie: Laura Dudler

 

(...) Elle m'observait du coin de l'œil, l'œil droit, le seul qui fonctionnait encore. Le reste était en bon état. Trois seins ronds et fermes, des hanches larges comme des plages de sable, un cul majuscule, une bouche cerise, et ses mains, surtout ses mains, dessinées comme un pulpito, à huit doigts. Huit tentacules experts qui, après la gêne initiale, la seconde de dégoût, plaisaient aux hommes. Avec moi, ça n'avait pas manqué. Il avait suffit qu'elle m'entreprenne, les pantalons à peine tombés sur les chevilles, mon pénis éteint, une main dessous, une main dessus, seize bras minuscules autour, pour qu'il ressuscite.
Elle avait une silhouette de sirène. C'est la raison pour laquelle je l'avais choisie elle, parmi les autres androïdes de ce bordel du bout du bout du monde. D'ailleurs, était-ce encore le monde, ici, au cœur de l'Anormal? (...)

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Le Secret de Maria vue par Anne Bory

Le secret de Maria

Texte et voix: Pierre Crevoisier
Musique et réalisation: Alain Tissot
Sérigraphie: Anne Bory

 

(...) Maria était adolescente lorsqu'elle rencontra Giuseppe. Son père, petit propriétaire foncier, l'avait engagé comme ouvrier agricole dans les plaines de l'Emilie Romagne. Giuseppe avait 30 ans. Il était beau, carré, avec des mains qui savaient vous prendre pour ne plus vous lâcher. Giuseppe avait donc pris Maria, dans tous les sens que la jeune fille pouvait imaginer ou dont elle rêvait alors : prise par la main, prise par la taille, prise sous son aile, prise tout court. Il lui apprit la vie, les chansons révolutionnaires, l'amour, avec ses doigts de géant, ses grandes mains habiles et des bras aussi forts que des arbres. Elle avait 15 ans à peine et un corps blanc, des seins tendres de jeune femme et il les avait façonnés avec l'imagination d'un sculpteur de la Renaissance. Il l'avait fait avec douceur et une délicatesse qu'elle n'aurait pu attendre lorsqu'elle le voyait retourner la terre ou traire une vache. Soixante ans après, son corps se souvenait de ses caresses lentes (...)

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