Les déjantérotiques

Vient de paraître

Nada Stauber

Le trou de la voisine

Texte et voix: Pierre Crevoisier
Musique et réalisation: Alain Tissot
Illustration: Nada Stauber

 

(…) Le cri revient à nouveau. Cela l’a réveille complètement. Un cri suivi d’un ordre, un chhhhhhut impératif, un la nouvelle voisine va t’entendre, que va-t-elle penser de nous, de toi, enfin de nous… et la saccade reprend, un bruit de locomotive essouflée, un soupir rauque. 

Elle se lève en direction de la paroi, celle dont provient la rumeur ahanante et elle se colle à même le papier peint, l’oreille attentive, plaquée contre le bois pour en ressentir les vibrations. Dans l’angle de la pièce, à l’encoignure du couloir, à hauteur d’oeil, peut-être légèrement en-dessous, un renfoncement est perceptible, un léger creux, comme un vide derrière le papier. Elle gratte un peu, perce la surface et un filet d’air minuscule en sort. Elle aventure un oeil dans la fente. (…)

Déjà paru

Le caresseur de mots, vu par Lea Lund

Le caresseur de mots

Texte et voix: Pierre Crevoisier
Musique et réalisation: Alain Tissot
Illustration: Lea Lund

Elle voulait un homme qui la caresse. Pas n’importe comment. Avec des mots, avec des mots seulement. Elle l’avait écrit dans le journal, à la page des petites annonces, si petites parfois que les miettes grasses d’un croissant pouvaient les recouvrir entièrement. “Cherche caresseur de mots”.
Malgré le prix exorbitant des millimètres de la gazette, elle avait doublé la surface de sa réclame, exigé une élégante typographie pour le titre, un Simoncini Garamond numéro 14, de manière à accrocher l’oeil du chaland. Elle avait ajouté une phrase pour signifier qu’elle – elle parce qu’on devinait une femme – qu’elle aimait les plumes légères, la poésie de Paul Valéry et les glaces au citron. Suivait un boîte postale et la mention “lettre motivée seulement”.
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L'arbre, vu par Adrienne Barman

L’arbre

Texte et voix: Pierre Crevoisier
Musique et réalisation: Alain Tissot
Illustration: Adrienne Barman

 

Sa robe tomba sur les premières notes de Norma. Elle le déshabilla lentement, un vêtement après l’autre, découvrant ses frissons à mesure qu’elle glissait ses doigts dans ses recoins, chaque centimètre de peau arpenté, une terre sensible découverte comme si c’était la première fois, une Amérique à chaque caresse, un continent inconnu où elle déposait des baisers explorateurs, s’emparant de ses mains à lui, les déposants sur des seins d’une joliesse de miniatures antiques, se tournant ensuite pour se lover entière contre lui, épouser ses formes, sentir le ventre frôler son dos, son cul, ses cuisses, les mains entraînées dans ses profondeurs. Jusqu’au plaisir qu’il éprouva lorsque la bouche de Violetta, ses dents, pénètrent ses chairs.

La disparition, vue par Laura Dudler

La disparition

Texte et voix: Pierre Crevoisier
Musique et réalisation: Alain Tissot
Illustration: Laura Dudler

Elle m’observait du coin de l’oeil, l’oeil droit, le seul qui fonctionnait encore. Le reste était en bon état. Trois seins ronds et fermes, des hanches larges comme des plages de sable, un cul majuscule, une bouche cerise, et ses mains, surtout ses mains, dessinées comme un pulpito, à huit doigts. Huit tentacules experts qui, après la gêne initiale, la seconde de dégoût, plaisaient aux hommes. Avec moi, ça n’avait pas manqué. Il avait suffit qu ’elle m’ entreprenne, les pa ntalons à peine tombés sur les chevilles, mon pénis éteint, une main dessous, une main dessus, seize bras minuscules autour, pour qu’il ressuscite. (suite…)

À paraître

Les obsessions de Léon, vues par Chantal Quéhen

Les obsession de Léon

Texte et voix: Pierre Crevoisier
Musique et réalisation: Alain Tissot
Illustration: Chantal Quéhen

(…) La femme du notaire en avait témoigné la première. Malgré ses 20 ans, Léon s’y entendait. Il avait suffit de ce récit, partagé un jour entre femmes, à l’heure où les hommes s’embrumaient au bistrot, pour enflammer les imaginations. De toutes les dames du pays, pas une n’avait une parcelle d’épiderme, une épaule nue, une fesse délicate, un sein blanc, une surface plus intime encore, qui n’attendait d’être tatouée par la jolie plume de Léon.

Les fantasmes couraient, défiaient les pensées les plus sauvages. Ils naissaient dans les les lits familiaux, juste avant l’insomnie, une minuscule graine de rêve, à côté du ronflement gras des hommes. Puis la graine poussait, s’installait dans la nuit, occupait tout l’espace de la chambre, prolongeait l’absence de sommeil jusqu’à l’aube. La plante grimpante revenait la nuit suivante. Et la suivante encore.

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Sortie avril 2021