Les déjantérotiques

Vient de paraître

L'arbre, vu par Adrienne Barman

L’arbre

Texte et voix: Pierre Crevoisier
Musique et réalisation: Alain Tissot
Illustration: Adrienne Barman

 

Sa robe tomba sur les premières notes de Norma. Elle le déshabilla lentement, un vêtement après l’autre, découvrant ses frissons à mesure qu’elle glissait ses doigts dans ses recoins, chaque centimètre de peau arpenté, une terre sensible découverte comme si c’était la première fois, une Amérique à chaque caresse, un continent inconnu où elle déposait des baisers explorateurs, s’emparant de ses mains à lui, les déposants sur des seins d’une joliesse de miniatures antiques, se tournant ensuite pour se lover entière contre lui, épouser ses formes, sentir le ventre frôler son dos, son cul, ses cuisses, les mains entraînées dans ses profondeurs. Jusqu’au plaisir qu’il éprouva lorsque la bouche de Violetta, ses dents, pénètrent ses chairs.

Déjà paru

La disparition, vue par Laura Dudler

La disparition

Texte et voix: Pierre Crevoisier
Musique et réalisation: Alain Tissot
Illustration: Laura Dudler

Elle m’observait du coin de l’oeil, l’oeil droit, le seul qui fonctionnait encore. Le reste était en bon état. Trois seins ronds et fermes, des hanches larges comme des plages de sable, un cul majuscule, une bouche cerise, et ses mains, surtout ses mains, dessinées comme un pulpito, à huit doigts. Huit tentacules experts qui, après la gêne initiale, la seconde de dégoût, plaisaient aux hommes. Avec moi, ça n’avait pas manqué. Il avait suffit qu ’elle m’ entreprenne, les pa ntalons à peine tombés sur les chevilles, mon pénis éteint, une main dessous, une main dessus, seize bras minuscules autour, pour qu’il ressuscite. (suite…)

Le Secret de Maria vue par Anne Bory

Le Secret de Maria

Texte et voix: Pierre Crevoisier
Musique et réalisation: Alain Tissot
Illustration: Anne Bory

 

C’était au temps de mes années italiennes. J’étais à Bologne pour terminer mon mémoire sur Dino Buzzati, mon maître en littérature de l’absurde. Un an auparavant, j’avais rencontré Paola, une flamboyante aux seins pointus et doux et j’imaginais naïvement une passion infinie, un amour éternel et des baises joviales dans les collines du Parco dei Gessi. Au printemps, Paola me quitta pour un petit barbu napolitain et insignifiant. Il se prénommait Siegfried. L’idiot emporta ma Walkyrie dans sa valise. 

À paraître

Le caresseur de mots, vu par Lea Lund

Le caresseur de mots

Texte et voix: Pierre Crevoisier
Musique et réalisation: Alain Tissot
Illustration: Lea Lund

Elle voulait un homme qui la caresse. Pas n’importe comment. Avec des mots, avec des mots seulement. Elle l’avait écrit dans le journal, à la page des petites annonces, si petites parfois que les miettes grasses d’un croissant pouvaient les recouvrir entièrement. “Cherche caresseur de mots”.
Malgré le prix exorbitant des millimètres de la gazette, elle avait doublé la surface de sa réclame, exigé une élégante typographie pour le titre, un Simoncini Garamond numéro 14, de manière à accrocher l’oeil du chaland. Elle avait ajouté une phrase pour signifier qu’elle – elle parce qu’on devinait une femme – qu’elle aimait les plumes légères, la poésie de Paul Valéry et les glaces au citron. Suivait un boîte postale et la mention “lettre motivée seulement”.
(suite…)

Parution février 2021